Poker français, Encyclopédie des jeux de cartes

 

Extrait du livre de Jean Boussac. Encyclopédie des jeux de cartes. Paris, 1896.

 

Le poker français se joue avec 32 cartes et entre 4 joueurs seulement. 

Si cinq personnes sont désireuses de faire une partie sans exclure aucune d'entre elles, la cinquième rentrera au bout d'un quart d'heure. Car tel est presque toujours le temps convenu au bout duquel les places sont tirées à nouveau. Le roulement entre les joueurs s'établit ensuite dans l'ordre déterminé par. le tirage dos places.

Les places sont tirées comme cela a été expliqué à l'article premier relatif au poker américain.

Les cartes se donnent conformément aux usages français, c'est-à-dire de droite à gauche.

Le droit du coupeur est le môme qu'au poker à 52 cartes. En d'autres termes, on peut couper ou non, ou couper sur une seule carte.

On fixe un minimum de cave obligatoire pour les joueurs. Mais il est loisible à chacun do se caver d'une somme supérieure.

On tire les places à nouveau au bout de chaque quart d'heure.

Après chaque tirage de places, chaque joueur a le droit do retirer une partie do la cave qu'il a devant lui, mais sans pouvoir loi réduire au-dessous du minimum.

Chaque joueur peut également augmenter sa cave comme il l'entend.

Celui qui remplace un joueur qui lui a cédé sa place, est tenu de satisfaire à toutes les conditions acceptées par son cédant. Il doit notamment sortir et rentrer aux heures fixées pour celui qu'il remplace.

La valeur des combinaisons au poker français diffère un peu de celle du jeu américain: ainsi la séquence est battue par le brelan, et le full est battu par le flush.

En l'absence d'un jeu quelconque, quand deux joueurs se trouvent en présence dans un engagement, c'est celui qui a la plus forte carte dans son jeu qui gagne.

Quand deux joueurs ont un jeu absolument semblable, ils se partagent la somme engagée.

Avant de commencer la partie, chaque joueur doit se caver d'une somme convenue, laquelle ne peut être inférieure à vingt fois la valeur du blind.

Lorsque, dans le courant de la partie, un joueur nouveau entre au jeu, les autres joueurs peuvent se décaver ou se recaver à nouveau, comme cela a déjà été dit; mais la cave ne doit jamais être inférieure à vingt fois la valeur du blind.

Lorsqu'un joueur est décavé complètement, il doit céder sa place, et s'il n'y a pas de rentrant, il doit se recaver d'une somme au moins égale au minimum convenu.

La partie se jouant au quart d'heure, un joueur ne peut, pendant ce laps de temps retirer une partie de sa cave aussi considérable qu'elle puisse être,

Il n'est pas permis d'enfler sa cave avec de l'argent sorti de sa poche; il n'est pas davantage permis d'en emprunter sur la masse des autres joueurs.

Aucun joueur, ayant commencé à jouer ne peut quitter la partie avant d'être complètement décavé, ou avant qu'il ne soit procédé à un nouveau tirage des places, c'est-à-dire avant que l'heure convenue ne soit arrivée. Lorsqu'un joueur engagé est relancé, avant une prise de cartes, de plus qu'il n'a devant lui, il peut voir le coup en mettant simplement son reste. Mais il peut dire: Je verrai si je complète, me recaverai de... Ceci n'empêche pas les autres joueurs de se relancer d'une somme plus élevée, si la situation de leur cave le leur permet.

Aussitôt la prise des cartes et avant qu'aucun joueur n'ait parlé, celui qui doit se compléter doit dire : Je me complète ou je ne me complète pas. Et le coup continue.

Après la prise de cartes, il n'y a plus lieu de se compléter.

Un joueur a toujours le droit de participer à un coup quand il met au jeu tout ce qui reste devant lui.

Après la prise de cartes, c'est toujours le dernier over blind qui parle le dernier. On comprend qu'il n'est pas nécessaire do limiter les relances au poker à la cave; elles se trouvent naturellement limitées par la cave.

Tout ce qui a été dit relativement au blind, au raisé, à la recave, au pot est applicable au poker à 32 cartes.

Il est d'usage, dans quelques cercles, de jouer le poker à cinq ou à six, alors on ajoute au jeu de piquet les oinq et même les six.

 

QUELQUES CONSEILS PRATIQUES

 

Il est inutile de s'asseoir à une table de poker si l'on n'est pas à même de deviner promptement la manière de jouer de ses adversaires, et, surtout, si l'on ne se sont pas capable de cacher la sienne, dans la limite du possible.

Les joueurs, bien rares, qui ont encore le temps de réfléchir, auront sans doute remarqué que le poker américain n'est qu'une réplique  un peu modifiée et un peu plus compliquée. Je suis porté à croire qu'un maître au jeu français n'aurait pas besoin d'un long apprentissage pour jouer d'une façon supérieure le jeu américain. 

D'abord il faut connaitre le jeu et les joueurs. Il faut savoir bluffer et filer à temps.

Beaucoup de bons joueurs n'ouvrent jamais un pot lorsqu'ils sont les premiers à parler, afin de pouvoir raiser ou relancer avantageusement avant la prise de cartes en cas do beau jeu, si l'un des autres, joueurs a ouvert.

Savoir bluffer est très important, mais ce n'est pas là — tant s'en faut — le point le plus important du poker. Le bluffeur a beaucoup plus de chances de succomber que de réussir.

Il y a une expression bien suggestive à ce jeu, c'est celle-ci: jouer le cadavre. Ce qui veut dire qu'un joueur un peu physionomiste sait distinguer l'adversaire aux abois et tenter contre lui les coups les plus audacieux.

Contrairement à ce qui a lieu dans la stratégie militaire, le joueur habile est celui qui attaque Ie moins possible et se réserve toujours pour la défensive. Les téméraires ont souvent des journées glorieuses, mais, à la fin, ce sont les temporisateurs et les reculards qui finissent par rester maîtres du champ de bataille.

Il est dangereux de s'engager une troisième ou quatrième fois avec un petit jeu.

Tout joueur de poker qui ne sait pas composer son visage, maîtriser ses émotions, est condamné d'avance à la décheance.

Les Américains, gens pratiques, ne consultent au jeu que la règle des probabilités. Ils n'ont pas, comme nous, la cervelle bourrée de vieilles turlutaines: la Chance, la Déveine, la Guigne, etc. Ils laissent aux vieux peuples ces vieilles idées, ces superstitions de bonnes femmes.

Il est bien évident que ce qui est relatif à la paire, varie selon la qualité de la paire,et surtout, selon les relances; quand un joueur qui n'est pas connu pour bluffer à tout propos joue son va-tout, la chance d'une paire est bien au-dessous de zéro.